FONTBONNE

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Nom du projet et Lieu : Comme une Cabane
Date :  2009 – 2014
Maître d’Ouvrage :  Privé
Surface : 38 m2
Budget : 7000 € HT
Programme : Transformation d’une JASSE en REFUGE dans le massif des Cévennes, Lozère
Construction à ossature bois et surélévation en liège
Equipe : COMBAS
Images :  Combas Architectes

Le projet que nous vous présentons est une opération de réhabilitation d’une jasse achevée en Septembre 2014. Elle constitue pour l’Atelier COMBAS le premier projet construit en tant qu’architectes. Cette réalisation en auto-construction est une véritable aventure humaine. C’est une histoire de famille et d’amis où tout le monde a été mis de près ou de loin à contribution.


Il s’agit de transformer la ruine d’une jasse (petit édifice en pierre) qui se trouve sur un terrain familial dans les Cévennes. Le projet a commencé il y a plus de 10 ans après l’effondrement de la toiture de la jasse. L’enjeu simple de ce projet était alors de redonner vie à un lieu chargé d’histoire, pour en faire à nouveau un endroit de rassemblement pour la famille, ou simple lieu de repos pour les marcheurs qui souhaitent faire une halte dans leurs ascensions des montagnes Cévenoles.

Implantée sur les contreforts du Mont Lozère à la limite des Cévennes du Gard et de Lozère, non loin du village de Vialas , plus précisément près du hameau de Polimies, la ruine se situe sur une prairie appelée Fontbonne. Elle est constituée de faïsses ( murs de pierres sèches ) où se trouve une forêt de châtaigniers. Cette modeste construction était il y a encore moins d’un siècle une «clède» où s’effectuait une activité séculaire: le séchage de la châtaigne. A 20 minutes à pied du hameau dont 15 sur un chemin non carrossable, ce qui va devenir un refuge n’est pas un endroit facile d’accès. Cet isolement constitue la principale contrainte de ce projet mais aussi son charme, puisque c’est ce qui à induit toute la réflexion de la conception du projet : Comment amener les matériaux de construction sur le site? Véritable plan de bataille cette question a été le dénominateur commun à chaque coup de crayon : Peut-on emmener ça là-haut? Et comment le met-on en oeuvre nous-même?

Le projet prévoit de conforter les murs de l’ancien édifice afin de s’en servir de socle pour une surélévation, et surtout pour garder la magie du site, de la rencontre de cette petite bâtisse et des blocs de pierre cyclopéens.

L’idée du projet est de faire une intervention douce et pérenne, dans l’esprit du lieu. Simple en soit, cette idée prend un tout autre sens lorsqu’il faut monter sur son dos poutres, poteaux, sable, ciment, etc. Malgré un changement radical de la forme d’origine la réalisation se devait d’être un projet proche de la nature, une immersion dans le paysage, COMME UNE CABANE dans les arbres.

LE TEMPS DU PROJET

2004 : Effondrement de la toiture de la Jasse lors d’un hiver rigoureux. 2005 : Décision de reconstruire la Jasse en un refuge.
2006-2012 :
Les murs de la Jasse sont remontés au fur et à mesure des vacances et de la disponibilité de chacun.
Printemps 2013 :
Réalisation des arases des murs en béton.
Été 2013 :
Pose de la structure , du liège, de la baie et de la toiture. Été 2014 : Réalisation des finitions comme la porte Est.

HISTORIQUE DU PROJET

LES PRÉMICES

C’est il y a environ dix ans, lors d’un hiver rigoureux qui a détruit la toiture et a fait s’effondrer une partie des murs sous le poids de la neige que le projet a commencé. Il fallait alors reconstruire ce qui était la cabane en forêt de la famille et des scouts qui se servaient du site pour des camps. L’objectif premier de cette réhabilitation était de transformer la ruine de l’ancienne jasse en un véritable refuge susceptible d’accueillir des gens pour la journée, ou des randonneurs pour la nuit.

Le second enjeu de ce projet fut aussi de garder l’émotion qui se dégage de cette ruine, de ce petit édifice constitué de blocs de granit. La jasse elle même est d’ailleurs posée sur deux énormes blocs de granit qui lui fabrique son assise et lui donne une certaine prestance dans son site. L’idée était alors de ne pas contrarier, fragiliser l’équilibre qui s’était créé durant des siècles entre ce paysage séculaire marqué par le travail de l’homme et le paysage sauvage des forêts Cévenoles.

La principale contrainte de ce projet était son isolement. La zone d’intervention située à plus de 20 minutes de marche de la première vois accessible en voiture a été la principale donnée qui a guidé toute la conception de ce refuge. Véritable chemin de croix, le sentier qui mène à ce qui va devenir un refuge a été notre véritable meilleur ennemi, notre sacerdoce.

L’autre contrainte qui peut être aussi vue comme un enjeu est son auto-construction. Cela impliquait toute la mise en oeuvre sur place y compris l’acheminement des matériaux de construction. Cette donnée a été le point de départ le plus important dans notre façon d’aborder ce projet puisque NOUS DEVIONS LE CONSTRUIRE NOUS MÊME!!

LA RÉFLEXION

La conception sur ce petit projet a été un long chemin intellectuel, une réflexion faite d’aller-retours permanent entre le projet ‘‘théorique’’ et le projet structurel.

Tout part de l’auto-construction ou comment allier en symbiose la conception à la réalisation : Le projet c’est la structure et la structure c’est le projet.

L’impératif était d’arriver au ‘‘RIEN DE TROP’’ dans notre conception, on devait aller à l’essentiel, au frugal. C’était devenus le seul gage de réussite. Anticiper et prévoir était devenu une obsession. Ce qu’on allait nous même réaliser, ce qu’on couchait sur le papier prenait un autre sens. Il fallait penser la structure, la toiture, l’isolation, l’habillage, les assemblages et les détails que l’on pouvait réaliser proprement et sur place sans trop de marge de manoeuvre.

Toutes ces questions nous ont conduit à réfléchir de la façon la plus pragmatique possible. On a du se poser les bonnes questions et faire preuve de bon sens. Celui-ci nous l’avons puisé dans le bon sens paysan où l’art de faire bien avec peu, ou avec ce qu’on a sous la main, une sorte de ‘‘Less is more’’ pourrait-on dire.

L’intuition a été de créer une surélévation comme un belvédère abrité , qui est dans le paysage.

Cette réalisation d’environ 35 m² a eu besoin de près de quatre années pour voir le jour. Mais c’est un projet qui nous a obligé, nous associé de COMBAS Architectes à adopter une démarche particulière, celle du ‘‘construire moins pour construire mieux’’. Cette phrase qui résonne comme un dogme est devenu pour nous une sorte de credo sur lequel nous nous appuyons dans notre façon de concevoir.

UNE ‘‘RUINE PAYSAGE’’ DANS UN SITE SÉCULAIRE

Noyée dans une végétation luxuriante la jasse est cachée dans la nature avec laquelle elle cohabite. Elle se découvre au travers des arbres, elle n’apparaît jamais directement, elle est comme un nid qui se fond dans son environnement et qui domine le paysage. Comme une émergence tellurique l’ancienne ruine a eu le temps de fusionner avec son paysage pour en devenir l’un de ses éléments. Et son isolement l’y aide. Ce refuge, il se mérite!

Il ne vient pas à nous ! On va à lui ! , comme sur le chemin de Compostelle où les différentes étapes ponctuent de temps à autre le pèlerinage. Le fait qu’il s’offre au visiteur petit à petit comme une cérémonie lui donne un côté sacré, mystérieux : c’est un rite, un passage obligé qui est accentué par les quelques minutes d’ascension dans la garrigue.

La montée se fait lentement, par un vieux chemin constitué de gros blocs de granit, polis par les siècles et les intempéries. Ce sentier longe une courbe de niveau, il est parfois en belvédère sur le paysage parfois enfuis sous d’épais feuillages. Il s’enfonce petit à petit au rythme de la topographie dans une combe. Et c’est là, lorsqu’on entend le cours d’eau en creux de vallée, qu’il apparaît dans sa «prairie de Fontbonne» . Ce pré bien nommé est le nom de la source qui alimente les hameaux en contrebas et qui prend sa source juste plus haut, et se jette quelques mètres plus bas dans la Gourd qui dévale les pentes du Mont Lozère.

Ce site est remarquable, non pas par son paysage grandiose à proprement parlé mais par ses aspects caractéristique et typique. Ce lieu est ‘‘beau’’parce qu’on y trouve pour l’essentiel une cohabitation entre paysage sauvage et paysage rural et agricole, marqué par le travail humain qui l’a façonné au cours des siècles. Cette jasse en est le témoin. C’est la trace d’une activité ancestrale, la culture de la châtaigne sur des faïsses (rares et étroits lambeaux de terre horizontaux qui marquent encore le paysage Cévenol), et de sa transformation dans des clèdes, où elles séchaient avant d’être réduit en farine dans les moulins, qui marquent encore les villages des alentours.

Alors réhabiliter cette clède c’est préserver un morceau d’histoire, c’est sauvegarder un patrimoine qui a marqué cette région et son paysage.

Ici le dialogue entre civilisation et nature existait déjà, et il ne fallait en aucun cas le perturber. C’est pour cela que la transformation devait être simple, légère afin de conserver cette seine cohabitation.

UN REFUGE , COMME UNE CABANE DANS LES ARBRES
UNE SURÉLÉVATION COMME UN CADRAGE SUR LE PAYSAGE

«Comme une cabane» n’est pas un nom donné par hasard. Car ce projet c’est d’abord l’envie pour la famille et surtout pour les plus jeunes d’entre eux de retrouver ce qu’ont eu leurs parents dans le passé. L’idée de la cabane se prête parfaitement ici, car elle renvoie à des notions d’isolement et de domination. Une cabane est un endroit secret, un lieu de rêverie, d’imaginaire et de méditation. Mais aussi un lieu de recueillement, surtout lorsqu’on sait toute l’importance de ces endroits dans le culte protestant fortement ancré historiquement dans la culture de la région Cévenole. Autrefois et encore aujourd’hui certains de ces espaces sont de véritables «jardins des souvenirs» où l’on disperse les cendres des défunts.

Alors quoi de mieux que ce lieu perché, telle une chapelle qui domine le paysage? L’espace du refuge peut devenir ce lieu d’introspection où l’on vient contempler la nature, à l’instar des perchoirs des ornithologues qui se cachent en attendant la rencontre tant espérée. Ce refuge est comme un nid, un lieu en hauteur ou l’on se sent bien et d’où l’on domine le paysage et qui paraît inaccessible.

Le refuge est composé de deux pièces uniques non reliées. Il faut passer par dehors pour rejoindre l’une et l’autre comme les fermes et bâtisses vernaculaire de la région . L’idée est de créer deux espaces distincts pour deux usages différents. En bas l’espace et volontairement sombre et clos, car il est dans la roche et servira de rangement. Un plancher soulevé du sol protège de l’eau qui s’écoule des murs laissés bruts. En haut, la pièce ‘‘noble’’, le perchoir, la surélévation en liège, est constituée d’un seul espace marqué par les deux seuls éléments ‘‘contemporains’’ du refuge : la baie Sud et la baie Est.

Singulière par sa forme et sa dimension exagérée la baie Sud est la véritable transgression formelle de l’ensemble. Cette baie est volontairement sur-dimensionnée car elle est le seul réel apport de lumière naturelle du refuge, et de ce fait l’unique ouverture vers le paysage. Son cadre épais lui confère la qualité de sous espace, elle devient alors une niche dans laquelle on peut s’installer et se mettre en immersion totale dans le paysage. Lorsqu’on prend du recul dans la pièce elle devient un véritable tableau par lequel on contemple la nature.

La baie Est, renvoie à l’ancienne porte de la jasse, elle intègre les marches qui permettent de pénétrer dans le refuge. Le seuil est ainsi fondu dans l’épaisseur du mur et marque un seuil, une transition entre intérieur et extérieur. Ce parcours sans réellement le percevoir est comme une progression vers l’intériorité.

La volonté à l’intérieur est de laisser les matériaux bruts, le but étant de faire simple et efficace. C’est pour cela que le plancher ne touche pas tout à fait les murs irréguliers afin de laisser les rares eaux de ruissellement passer à travers les murs. L’enjeu pour nous est de pouvoir lire la structure, de comprendre les assemblages, la mise en oeuvre. De plus les panneaux de liège pérennes par essence grâce à ses propriétés n’ont pas besoin de finition.

De l’intérieur comme de l’extérieur, on peut dire que le refuge est composé avec la nature et que son espace est comme creusé par le paysage.

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